Mercredi 16 décembre 2009 3 16 /12 /Déc /2009 18:31
Par Sick Sad World 'zine
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Mercredi 16 décembre 2009 3 16 /12 /Déc /2009 18:18

Vendredi 30 octobre 2009, 18:30! Les portes du Minotaure s’ouvrent, laissant entrer une foule de personnes éclectique. Vérification des billets, tamponnage de la main/du front/du bras/du bidon et nous voilà montant les escaliers en direction de la grande salle où se déroule les concerts. Passage oblige par le coin bar, pour l’occasion transformé en un lieu douillet, chaleureux et intimiste, et qu’on se croirait presque dans le salon d’un pote, pour le coup (mais alors qui ferait une super fête quand même, faut l’avouer). Certains se ruent directement vers le comptoir, d’autres s’assoient à une table, sans oublier les accros à la nicotine qui ressorte direct à l’extérieur du minotaure histoire de s’en griller une. Les vigiles ouvrent enfin les dernières portes nous permettant l’accès à la salle, et c’est tout d’abord avec les québécois de Karkwa que la soirée débute, et l’on notera d’ailleurs la présence inhabituelle sur scène de deux batteries. Ces derniers nous offrent des mélodies travaillées, nous rappelant ces douces après-midi pluvieuses d’automnes passées au creux d’une couverture. On se laisse bercer par les cœurs du groupe, emporter par les solos de guitares et le martèlement des batteries. Alors que beaucoup de groupes francophones échouent dans la difficile tache de l’interprétation dans la langue de Molière, Karkwa réussi avec brio, une longueur d’avance sur ces maudits français, et pour notre plus grand plaisir. Le public est conquis ce qui est un assez joli tour de force : il est pour beaucoup formé de personnes venus uniquement voir Oxmo Puccino, et habitués aux seuls morceaux de rap. Le groupe communique avec nous, plaisante sur leur accent made in Montréal, on se laisse définitivement charmé  par ce délicieux quintet rock aux sonorités évanescentes et on s’étonne de son manque de notoriété en France alors que doté d’un tel talent et aussi reconnu sur le reste du globe. Cependant, toutes les bonnes choses ont une fin et Karkwa sort de scène sans rappel, sous les applaudissements.

 

Le temps de se rafraîchir, de discuter de la prestation du premier groupe, et déjà les nantais de Fordamage montent sur scène ! Une claque sonore, une énergie méchamment enragée, un sentiment d’urgence, une musique foutrement électrique...bref, on pourrait inventer tout un tas d’expressions toutes faites pour décrire le set de ce groupe, mais quand on n’a pas écouter bein on n’a qu’à se bouffer les doigts, les mains, les bras. On ne peut s’empêcher de penser aux rythmes de Fugazi sur Minefield and cannonmen, mais ça serait sans compter sur une fin aux rythmes indéniablement en provenance direct de l’Afrique du sud (non, le petit prince du raï c’est même pas la peine d’y penser). Guitaristes et bassiste jouent dos à dos, s’affrontent à coup de manches, provoquent le public et cherche la bagarre ! Le punk/hardcore n’est pas loin, et ce n’est pas pour nous déplaire ! Arrivé aux premières notes de Blitz to target, l’ensemble des accros aux nantais poussent un cri de contentement, puis le groupe quitte la scène. On déplorera juste ici le manque d’adeptes de rock façon Fordamage dans la fosse et de ce fait, l’ambiance quelque peu froide (un festival à Vendôme, ça reste quand même à Vendôme) : c’est fort dommage...

 

Place ensuite au Binary Audio Misfits ! Né d’un split entre les Français de the Experience et des Américains de the World Association, nous assistons ici à une explosion à mi-chemin entre le rock et le hip-hop dit « mal élevé » (et c’est Figure libre qui le dit) Mélangeant un flot ininterrompus de paroles en anglais puis en français, l’alchimie des deux est certaine, et même ceux « venus-là-pour-passer-le-temps-parce-que-rien-à-fiche-un-vendredi-soir-à-Vendôme » sont restés cloués sur place par cette prestation offerte par nos charismatiques BAM ! (une contraction à l’image de leur musique ?).

 

Puis finalement arrive les islandais de For A Minor Reflexion et...désarroi. Faisant clairement parti de la vague post-rock, ce quatuor nous offre une explosion musicale nous plongeant dans une contemplation auditive qui nous ferait presque penser aux Canadiens de Godspeed You ! Black Emperor. Parvenir à un tel résultat tout en étant aussi jeune, c’est être scandaleusement talentueux, surtout quand on sait que les bougres s’amusent à assurer les premières parties de Sigur Rós, groupe les qualifiant comme « ayant un plus gros potentiel que Mogwai » (j’ai envie de dire, excusez du peu !). Et pour cause, FaMR ne se contente pas de calquer ses aînés, mais nous délivre un set original aux envolées mélodiques planantes, ne lésinant pas pour autant sur les déchaînements cordiales (du mot « corde ». Qui a dit que les néologismes étaient dangereux ?) et donnant un maximum d’eux-mêmes. Et ici je m’arrête, parce qu’on ne va pas se mentir plus longtemps. Face à un tel talent, on pourrait tout de même s’attendre à une certaine reconnaissance de la part du public, ou tout du moins un minimum de politesse. Mais non, ça aurait été trop demandé ; au lieu de ça on a eu le droit à des piaffements de mioches en bas âge dont l’heure du goûter aurait été repoussé, à des gamineries d’un pathétique dépassant les limites de l’imaginable et  à des insultes révélant une mentalité d’atrophié du cerveau proche de celle d’une mouche anémiée ayant subi plusieurs chocs psychomoteurs¹ et brillamment réfléchi et élaboré du genre « pédale », « chochotte » ou encore « femmelette ».  Alors soit les spectateurs présents ici étaient incroyablement fermés d’esprit, misogynes, homophobes et atteint de diarrhée verbale, soit...vertubleu, je ne trouve pas d’alternative ! Pour résumer, un très bon groupe au potentiel énorme, mais à revoir dans de meilleurs conditions...

 

¹ : Et encore, je ne suis pas certaine qu'une telle insulte même envers une mouche est acceptée par la constitution française.

 

Helina Didsik

 

La soirée en photos ici!

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Mercredi 16 décembre 2009 3 16 /12 /Déc /2009 16:46

http://www.jilislucky.fr/wp-content/uploads/2009/11/photo-Flore-a%C3%ABl-Surun-1.jpgSi vous ne connaissez pas les Jil is Lucky, vous vous trouvez face à de multiples solutions. Et comme à Sick Sad World on est cool, on vous les donne: vous jeter sous un train un soir de pleine lune après avoir mangé 777 grains de raisin; faire 30 tours intégral à la marelle tout en chantant très fort une chanson bidon quelconque; lire cette interview tout en écoutant leur album légalement acheté chez un disquaire quelconque.

SSW : Donc …

JIL : Chuuuut

SSW : Euh, pour com…

JIL : Chuuut

SSW : Donc pour commen….

JIL : Chuuuut

SSW : Maaiis euuh !!

Méga Giga explosion de rire

JIL : On fait une minute de silence.

SSW : Donc la première question, portait sur la pochette de l’album. On voulait savoir si c’était pour symboliser le côté absurde de la religion ?

JIL : Voila. C’est parfaitement "synthétifié." C’est euuh, c’est euuh, oui c’est ça en gros. Comme j’étais baigné dans un environnement religieux sans l’être vraiment, j’avais un peu de recul par rapport à ça. Je réfléchissais au combat religieux que je trouvais surréaliste, que j’ai associé au bio man. Voila. J’ai toujours des shakers sur moi (salières dans la main), c’est la côté un peu in, england.

SSW (impassibles): Vous êtes tous français ?

JIL : (rires) On est apatride français.

SSW : Alors pourquoi avoir fait le choix de l’anglais dans vos compos ?

JIL : Parce que. Parce que ce n’est pas une musique qui se fait en français, ça ne s’y prêtait pas. Et puis c’est venu naturellement, je pense que notre culture est plus anglo-saxonne que française.

SSW : Ca s’est fait par rapport à vos influences ?

JIL : Oui tout à fait.

SSW : Et quelles sont vos influences ?

JIL : Alors nos influences elles sont multiples et variées. Ça va de l’électro au hip hop suédois. Il y a plein de choses. Du rock à la pop, des 60’s et des 70’s… De Bob Dylan à jean louis Murat.

SSW : Vaste programme…

JIL : Vaste programme…non je plaisante pour Jean Louis Murat (rires)

SSW : Et sinon, comment se sont faites les rencontres ?

JIL : Alors… Je suis retourné à Berlin, voir le guitariste avec qui j’avais un groupe dans le sud de la France, et qui m’a dit « ouais, j’ai un pote qui joue actuellement à New-York et tout… (Il montre le membre du groupe) oui le rabbin …

L’attachée presse : Excusez-moi de vous déranger …

JIL : On est en direct là … (Eclat de rires)  Les auditeurs réclament une explication.

L’attachée de presse : C’était juste pour vous faire passer le programme d’interview de la journée. Il y a juste un petit changement, c’est les lycéens du webzine ils commencent à 16h.

(On lui fait donc gentiment coucou)

JIL : En fait ils sont là.

L’attachée de presse : Mince je ne vous avais pas capté. (Rires)  Je vous ai interrompu bêtement. Et (à Jil) ne t’étonnes pas de voir une grosse caméra à vingt heures alors que tu ne t’y attendais pas.

JIL : Il n’y a pas de soucis, j’ai l’habitude des grosses caméras. (Rires toujours)

SSW : On reprend...

JIL : Donc New- York et plus si affinités et puis on est retourné après à Prague. On est tombé dans la rue sur ce mec là (montrant en autre le violoncelliste) qui jouait comme un manche il faut le dire (rire ah ah ah). Non, il jouait dans la rue avec un super groupe, il était français et on a sympathisé. Ensuite on a été recherché la pierre « ongulaire »…

( Brouahah avec le pianiste de Sébastien Schuler qui joue avec son portable)

SSW : Vous avez donc fait le tour du monde pour vous former ! http://www.jilislucky.fr/wp-content/uploads/2009/11/jilisluckypar_raphael_lugassy-012.jpg

JIL : Oui, oui, c’est le hasard des rencontres heureuses. (Alexandrin avec césure en 6-6)

         Et puis on s’est réuni à Paris et puis en avant, en avant. (Rires) Tout bêtement.

SSW : Et le groupe existe depuis combien de temps ?

JIL : Deux ans, (un autre) non deux ans et demi. (Un autre) Trois ans. (D’autres) Non, non, non ! (JIL) Deux ans et quatre mois, quelque chose comme ça.

Suite à une blague qui nous est inconnue Jil dit : On est sérieux là m**** ! On ne fait pas les choses à moitié, soit on les fait à Vendôme soit on les fait à Poitiers !

Ne faites pas attention à lui c’est un trouble fête (en parlant du pianiste de Sébastien Schuller), il n’est même pas du groupe. Il fait partie d’un groupe obscur qui s’appel «Sébastien  Couleur », «  Sébastien Cullé »…

SSW : En revenant au fait que vous avez fait le tour du monde, est ce que cela à un rapport avec le côté « folklorique » de votre musique ?

JIL : En fait c’est plus un mélange de culture musicale et de culture ancestrale c'est-à-dire euh … (Eclats généraux de rires)

Ahh bande de c*** … Je suis hyper concentré. Donc voila. Le fait d’être mélangé, le fait que l’on ai écouté le Velvet, le fait que moi, nombreux, nombreux sont mes aïeux  qui ont vécus ici et là… Alors ici en Afrique du Nord, là en Europe de l’est, d’autres en Allemagne, d’autres …

(RIRES)

D’où les violons. C’est ce qu’on dit lorsque l’orchestre s’emballe (fsiuut) : Doux les violons.

SSW : Tu as parlé du Velvet. Pour faire un lien, dans l’album nous avons trouvé qu’il y avait un morceau qui sortait vraiment du contexte qui est Hovering Machine…

JIL: D’accord.

SSW: … et c’était pour savoir si cette chanson s’inscrivais dans un contexte différent des autres …

JIL : Ok. Ouai, ouai, ouai c’est l’histoire de cette chanson un peu particulière, parce que pour tout vous dire, on a enregistré ça, c’était la dernière chanson de l’album et on s’est dit on se fait quelque chose de complètement libre, on s’est laissé aller à nos humeurs, on a été plutôt détendus. J’ai le souvenir du soleil qui se couche, sur les prairies du perche. C’est à côté le Perche. Fiou. Je ne sais pas comment je l’ai sorti, je n’ai aucune idée d’où est le Perche.

On a donc pu générer cette liberté d’expression dans cette chanson, qu’on a enregistrée très vite. Ça correspond à d’autres choses, c’est peut être une ouverture pour la suite, c’est peut être annonciateur d’un message qu’il va falloir capter au vol (avec geste de la main du captage au vol).

SSW : Et la jouerez-vous ce soir ?

JIL : Aaaahhh. Peut – être. Ça dépend si vous nous le demandez officiellement, on la joue.

SSW : Alors on le demande officiellement.

JIL : Alors on la joue pour vous ce soir, et on la cace-dédi pour les lycéens de Vendôme, et on vous montre du doigt.

(Brouahah de paroles puis éclat de rires)

JIL : En parlant du pianiste de Sébastien Schuller : Ca c’est l’exemple même du cachetonneur, le mec qu’est là vraiment pour l’intermittence, c’est l’exemple de la déviance de la musique en France. On en fait le moins possible pour gagner le plus possible. Et bien non, ce n’est pas comme ça qu’on avance je suis désolé. Et on fait quoi, on fait de la paperasse. On fait des comptes d’apotiquaire Mr. De Chirac, puisque les noms se dévoilent et les masques tombent. (Rires.)

Pardon

SSW : On voulait, pour finir parler du contre-concert sauvage des Wampas …

JIL : Aahhh oué ! N’empêche que ça c’était énorme. On les a tué je pense sur le coup. Ils sont restés sur le carreau. C’était, je crois, une des premières choses que l’on faisait avec Jil is lucky.

SSW : Et comment vous est venue l’idée ?

JIL : Ça nous a pris … comme ça (rires) par surprise, le mec nous a appelé et nous a dit si on voulait faire un contre-concert ; on a dit bien sur… voilà, dès qu’il y a du buzz ! Schuller le buzz, ils l’attendent toujours (rires). Bon, c’est bon ?

SSW : Oui, il nous semble tout avoir…

JIL : Et qu’est ce que vous allez faire avec ça ?

SSW : On réécoute, on retranscrit… Enfin ça va être impossible je pense. (Rires partagés)

JIL : Si si il va falloir que vous mettiez « rires »… c’est de l’habillage, tout ça c’est de l’habillage, c’est vraiment de la tex… de la texture.

 

Interview virtuosement réalisée par Eva et Romain

Photos de Flore Aël Surun

le site officiellement non officiel du groupe ici!

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Mercredi 16 décembre 2009 3 16 /12 /Déc /2009 16:41
      En ce jeudi soir, nous sommes impatients. Très impatients. Sur le papier, la soirée s’annonce chargée avec pas moins de cinq artistes à l’affiche. .Imaginez  un peu : Dominique A, Sebastien Schuller, Jil Is Lucky, Perceval Music et Magnetic & Friends, tout ce beau monde réunit en une nuit. C’est certain à présent, les Rockomotives sont bel et bien lancés. Arrive 20h30, nous allons chercher nos places et oh stupeur ! Oh grand dieu ! Qu’apprenons-nous ? Le spectacle se déroule dans le théâtre ! C’est ainsi que nous nous installons, emplis d’appréhension et nous apprêtant à vivre une soirée bien moins rock’n’roll que prévue. Les sièges nous paraissent de plus en plus  hostiles. Le concert commence avec Jil Is Lucky. Sur le CD promotionnel on a écouté et on les aime déjà. Nos mines se ré jouissent, nos mains se décrispent, ça va être grandiose, on le sent, on le sait c’est certain. A peine montés sur scène ces mecs dégagent un truc. Le truc. Ils nous délivrent ainsi un set somptueux, prenant, du début à la fin avec en apothéose hovering machine, sublime chanson de dix minutes  à vous provoquer l’érection de votre vie, sortit tout droit d’une contrée intergalactique encore inconnue à ce jour pour un grand nombre d’humains. Oui je vous le dit, les  Jil Is Lucky sont bandant. Leur musique aux aires de Velvet Underground provoque chez l’auditeur des envies de… de… d’on ne sais pas trop quoi d’ailleurs, mais c’est très bon ! Le concert n’est pas encore terminé que l’on a envie de se lever, de sauter de ces foutus sièges, de crier et de faire ressortir nos tripes par nos trous de nez. Arrive ensuite Sebastien Schuller et la baisse d’adrénaline accompagne bien l’artiste qui finirait presque par endormir un public impatient à présent d’en découdre avec la star de la soirée, Dominique A. (bien que le succès ne soit pas au rendez vous, chez nous,  les jeunes, les plus agés eux n’attendent que ça. Désolé pour lui.). 23h  sonne, c’est à lui de jouer. L’artiste  donne tout ce qu’il a sur scène et ça se voit… un peu trop peut être… des mimiques et des manières à n’en plus pouvoir, des textes dont on ne  voit toujours pas l’originalité et la qualité artistique (pourtant on cherche encore) bref, un concert conçut spécialement et uniquement pour ses fans qui en ont pour leur argent au point d’en redemander. 3 rappels et 6 chansons plus tard, nous sortons de la salle exténués par ces 3 heures de concert finalement plus que mitigé bien qu’hétéroclite. A retenir : Jil Is Lucky, un groupe qui a de l’énergie à revendre et à suivre de très prêt à l’inverse d’un Dominique A peu  convaincant au final pour une critique acerbe comme la nôtre  mais qui aura au moins eu le mérite de contenter  son public.


Aurélien

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Mardi 1 décembre 2009 2 01 /12 /Déc /2009 16:17

 

Après avoir assisté aux balances de Mathias Sten, nous en avons profité pour lui demander une interview. Discret, réservé et sobre, ce chanteur/guitariste en solo nous démontre en quelques mots comment passer du punk à la folk indé...

 

SSW : À la base, tu viens de plusieurs formations punk/hardcore, comment le changement s’est opéré ?

Mathias Sten : Le changement s’est fait petit à petit. J’ai commencé la musique dans un garage poussiéreux dans le sud de la France, en chantant plus ou moins deux langues dans un  groupe de punk/hardcore qui commençait, et puis plus tard je me suis mis à jouer de la guitare en autodidacte. J’ai formé mon groupe et j’ai continué à évoluer dans le milieu punk/hardcore pendant plusieurs années. Et puis un jour j’ai eu à décider entre continuer la musique et faire des études. Donc je suis venue à Orléans, et j’ai carrément arrêté la musique en groupe. J’ai arrêté d’écouter du punk/hardcore et je me suis vraiment concentré sur mes études et sur la question écologique, qui à ce moment là me passionnait beaucoup plus que la musique. J’ai plongé dans la lecture et l’écriture, à ce moment là, le temps d’une thèse assez longue jusqu’en 2007. Mais entre le début et la fin de la thèse, j’ai acheté une guitare sèche et j’ai continué à gratouiller quand j’en avais envie ; et avec les années l’envie a accrue de plus en plus, jusqu’à ce que je décide de m’y mettre vraiment sérieusement.

 

SSW : Par rapport à ses études, on sent dans les textes que l’engagement est quelque chose qui a l’air assez important pour toi. La musique, pour toi, c’est plus comme un moyen de faire passer des messages ou comme un exutoire ?

M : C’est un besoin physiologique, et en même temps il y a ce que j’ai été amené à comprendre du monde dans lequel je vis, et ces deux choses là ont convergé vers ce que je fais dans la musique aujourd’hui. Effectivement mes textes sont très imprégnés de mes réflexions sur la question écologique, notamment, mais je ne vois pas la musique comme une activité militante. Je ne vais pas à un concert en me disant « ce soir il faut que je convertisse tout le monde à la cause écologique » ; c’est juste que quand j’écris, il y a toujours ces réflexions sur la politique qui me viennent. On peut très bien ne pas comprendre les paroles et se faire sa propre image de ce que je dis avec la musique. C’est aussi la force d’une musique, pour moi, c’est qu’il n’y a pas besoin de comprendre les textes.

 

SSW : Maintenant tu fais essentiellement de la guitare sèche tout en chantant. Quelles sont tes influences autres que toute cette partie punk/hardcore ?

M : C’est assez large. Je suis attiré par des musiques assez calmes en général, j’ai beaucoup écouté Anouar Brahem, un joueur de Oud qui en a fait autre chose que de la musique traditionnelle arabe. Je suis incapable de jouer du oud mais j’ai beaucoup appris dans sa façon de jouer avec le silence ; le silence fait parti de la musique. Et c’est vrai que les joueurs de oud en solo, notamment avec Omar Bashir, c’est un peu un horizon pour moi. Sinon je suis assez imprégné de Nike Drake, mais en règle général ce que j’écoute est assez éloigné du guitare/chant sinon.

 

SSW : Tu donnes une certaine place au silence dans tes chansons, ce qui est tout de même assez rare. C’est dans un but précis ?

M : Comme je le disais tout à l’heure, c’est venu de mon écoute des joueurs de oud en solo, et la façon dont ils jouent avec leur instrument et le silence ; je suis tellement imbibé de ces écoutes là que je suis venu à composer de la musique qui joue avec ce silence là. Pour moi c’est très important parce que ça donne plus d’envergure à la musique. Et je pense que les silences disent quelque chose, il se passe quelque chose dans les silences. Et c’est aussi, encore une fois, un pied de nez à la société industrielle et urbaine où il n’y a pas  de silence, où on est toujours envahi par le bruit. J’aime beaucoup le silence.

 

Itw réalisée par Helina Didsik

 

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